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Section 14.2 L’équation aux classes

Soit \(X\) un \(G\)-ensemble fini et \(X_G\) l’ensemble des points fixes dans \(X\) ; c’est-à-dire,
\begin{equation*} X_G = \{ x \in X : gx = x \text{ pour tout } g \in G \}\text{.} \end{equation*}
Puisque les orbites de l’action partitionnent \(X\text{,}\)
\begin{equation*} |X| = |X_G| + \sum_{i = k}^n |{\mathcal O}_{x_i}|\text{,} \end{equation*}
\(x_k, \ldots, x_n\) sont des représentants des orbites non triviales distinctes de \(X\text{.}\)
Considérons maintenant le cas particulier où \(G\) agit sur lui-même par conjugaison, \((g,x) \mapsto gxg^{-1}\text{.}\) Le centre de \(G\text{,}\)
\begin{equation*} Z(G) = \{x : xg = gx \text{ pour tout } g \in G \}\text{,} \end{equation*}
est l’ensemble des points qui sont fixes par la conjugaison. Les orbites non triviales de l’action sont appelées les classes de conjugaison de \(G\text{.}\) Si \(x_1, \ldots, x_k\) sont des représentants de chacune des classes de conjugaison non triviales de \(G\) et \(|{\mathcal O}_{x_1}| = n_1, \ldots, |{\mathcal O}_{x_k}| = n_k\text{,}\) alors
\begin{equation*} |G| = |Z(G)| + n_1 + \cdots + n_k\text{.} \end{equation*}
Les sous-groupes stabilisateurs de chacun des \(x_i\text{,}\) \(C(x_i) = \{ g \in G: g x_i = x_i g \}\text{,}\) sont appelés les sous-groupes centralisateurs des \(x_i\text{.}\) D’après Théorème 14.1.11, nous obtenons l’ équation aux classes :
\begin{equation*} |G| = |Z(G)| + [G: C(x_1) ] + \cdots + [ G: C(x_k)]\text{.} \end{equation*}
L’une des conséquences de l’équation aux classes est que l’ordre de chaque classe de conjugaison doit diviser l’ordre de \(G\text{.}\)

Exemple 14.2.1.

Il est facile de vérifier que les classes de conjugaison dans \(S_3\) sont les suivantes :
\begin{equation*} \{ (1) \}, \quad \{ (1 \, 2 \, 3), (1 \, 3 \, 2) \}, \quad \{(1 \, 2), (1 \, 3), (2 \, 3) \}\text{.} \end{equation*}
L’équation aux classes est \(6 = 1+2+3\text{.}\)

Exemple 14.2.2.

Le centre de \(D_4\) est \(\{ (1), (1 \, 3)(2 \, 4) \}\text{,}\) et les classes de conjugaison sont
\begin{equation*} \{ (1 \, 3), (2 \, 4) \}, \quad \{ (1 \, 4 \, 3 \, 2), (1 \, 2 \, 3 \, 4) \}, \quad \{ (1 \, 2)(3 \, 4), (1 \, 4)(2 \, 3) \}\text{.} \end{equation*}
Ainsi, l’équation aux classes pour \(D_4\) est \(8 = 2 + 2 + 2 + 2\text{.}\)

Exemple 14.2.3.

Pour \(S_n\text{,}\) trouver les classes de conjugaison demande un peu de travail. Nous commençons par les cycles. Supposons que \(\sigma = ( a_1, \ldots, a_k)\) est un cycle et soit \(\tau \in S_n\text{.}\) D’après Théorème 6.2.8,
\begin{equation*} \tau \sigma \tau^{-1} = ( \tau( a_1), \ldots, \tau(a_k))\text{.} \end{equation*}
Par conséquent, deux cycles quelconques de même longueur sont conjugués. Soit maintenant \(\sigma = \sigma_1 \sigma_2 \cdots \sigma_r\) une décomposition en cycles, où la longueur de chaque cycle \(\sigma_i\) est \(r_i\text{.}\) Alors \(\sigma\) est conjugué à tout autre \(\tau \in S_n\) dont la décomposition en cycles a les mêmes longueurs.
Le nombre de classes de conjugaison dans \(S_n\) est le nombre de façons dont \(n\) peut être partitionné en sommes d’entiers positifs. Dans le cas de \(S_3\) par exemple, nous pouvons partitionner l’entier \(3\) de la manière suivante en trois sommes :
\begin{align*} 3 & = 1 + 1 + 1\\ 3 & = 1 + 2\\ 3 & = 3 ; \end{align*}
il y a donc trois classes de conjugaison. Il existe des variantes du problème consistant à trouver le nombre de telles partitions pour tout entier positif \(n\) qui sont ce que les informaticiens appellent NP-complet. Cela signifie en pratique que le problème ne peut pas être résolu pour un grand \(n\) car les calculs seraient trop longs même pour les ordinateurs les plus puissants.

Démonstration.

Nous appliquons l’équation aux classes
\begin{equation*} |G| = |Z(G)| + n_1 + \cdots + n_k\text{.} \end{equation*}
Puisque chaque \(n_i \gt 1\) et \(n_i \mid |G|\text{,}\) il s’ensuit que \(p\) doit diviser chaque \(n_i\text{.}\) De plus, \(p \mid |G|\) ; donc \(p\) doit diviser \(|Z(G)|\text{.}\) Puisque l’élément neutre est toujours dans le centre de \(G\text{,}\) \(|Z(G)| \geq 1\text{.}\) Par conséquent, \(|Z(G)| \geq p\text{,}\) et il existe un \(g \in Z(G)\) tel que \(g \neq 1\text{.}\)

Démonstration.

D’après Théorème 14.2.4, \(|Z(G)| = p\) ou \(p^2\text{.}\) Supposons que \(|Z(G)| = p\text{.}\) Alors \(Z(G)\) et \(G / Z(G)\) sont tous deux d’ordre \(p\) et doivent être des groupes cycliques. En choisissant un générateur \(aZ(G)\) pour \(G / Z(G)\text{,}\) nous pouvons écrire tout élément \(gZ(G)\) du groupe quotient sous la forme \(a^m Z(G)\) pour un certain entier \(m\) ; donc \(g = a^m x\) pour un certain \(x\) dans le centre de \(G\text{.}\) De même, si \(hZ(G) \in G / Z(G)\text{,}\) il existe un \(y\) dans \(Z(G)\) tel que \(h = a^n y\) pour un certain entier \(n\text{.}\) Puisque \(x\) et \(y\) sont dans le centre de \(G\text{,}\) ils commutent avec tous les autres éléments de \(G\) ; par conséquent,
\begin{equation*} gh = a^m x a^n y = a^{m+n} x y = a^n y a^m x = hg\text{,} \end{equation*}
et \(G\) doit être abélien. Donc \(|Z(G)| = p^2\text{.}\)