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Section 5.2 Groupes diédraux

Un autre type particulier de groupe de permutations est le groupe diédral. Rappelons le groupe des symétries d’un triangle équilatéral dans le Chapitre 3. De tels groupes sont constitués des mouvements rigides d’un polygone régulier à \(n\) côtés, ou \(n\)-gone. Pour \(n = 3, 4, \ldots\text{,}\) on définit le \(n\)-ième groupe diédral comme étant le groupe des mouvements rigides d’un \(n\)-gone régulier. On notera ce groupe \(D_n\text{.}\) On peut numéroter les sommets d’un \(n\)-gone régulier par \(1, 2, \ldots, n\) (Figure 5.2.1). Remarquons qu’il y a exactement \(n\) choix pour remplacer le premier sommet. Si l’on remplace le premier sommet par \(k\text{,}\) alors le deuxième sommet doit être remplacé soit par le sommet \(k+1\text{,}\) soit par le sommet \(k-1\) ; ainsi, il y a \(2n\) mouvements rigides possibles du \(n\)-gone. Nous résumons ces résultats dans le théorème suivant.
Un n-gone avec le sommet 1 en haut, suivi de 2, 3, 4, ..., n - 1, n.
Figure 5.2.1. Un \(n\)-gone régulier

Démonstration.

Les mouvements possibles d’un \(n\)-gone régulier sont soit des réflexions, soit des rotations (Figure 5.2.4). Il y a exactement \(n\) rotations possibles :
\begin{equation*} \identity, \frac{360^{\circ} }{n}, 2 \cdot \frac{360^{\circ} }{n}, \ldots, (n-1) \cdot \frac{360^{\circ} }{n}\text{.} \end{equation*}
On désignera la rotation \(360^{\circ} /n\) par \(r\text{.}\) La rotation \(r\) engendre toutes les autres rotations. C’est-à-dire,
\begin{equation*} r^k = k \cdot \frac{360^{\circ} }{n}\text{.} \end{equation*}
Rotations et réflexions d’un octogone. L’octogone du haut (1 (en haut), 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) est tourné vers un octogone (2 (en haut), 3, 4, 5, 6, 7, 8, 1), et l’octogone du bas (1 (en haut), 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) est réfléchi par rapport à un axe vertical en (1 (en haut), 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2).
Figure 5.2.4. Rotations et réflexions d’un \(n\)-gone régulier
Notons les \(n\) réflexions \(s_1, s_2, \ldots, s_n\text{,}\)\(s_k\) est la réflexion qui laisse le sommet \(k\) fixe. Il y a deux cas de réflexions, selon que \(n\) est pair ou impair. S’il y a un nombre pair de sommets, alors deux sommets restent fixes par une réflexion, et \(s_1 = s_{n/2 + 1}, s_2 = s_{n/2 + 2}, \ldots, s_{n/2} = s_n\text{.}\) S’il y a un nombre impair de sommets, alors un seul sommet reste fixe par une réflexion et \(s_1, s_2, \ldots, s_n\) sont distincts (Figure 5.2.5). Dans les deux cas, l’ordre de chaque \(s_k\) est deux. Posons \(s = s_1\text{.}\) Alors \(s^2 = 1\) et \(r^n = 1\text{.}\) Puisque tout mouvement rigide \(t\) du \(n\)-gone remplace le premier sommet par le sommet \(k\text{,}\) le deuxième sommet doit être remplacé soit par \(k+1\text{,}\) soit par \(k-1\text{.}\) Si le deuxième sommet est remplacé par \(k+1\text{,}\) alors \(t = r^k\text{.}\) Si le deuxième sommet est remplacé par \(k-1\text{,}\) alors \(t = r^k s\text{.}\)
 1 
Puisque nous sommes dans un groupe abstrait, nous adopterons la convention que les éléments du groupe se multiplient de gauche à droite.
Ainsi, \(r\) et \(s\) engendrent \(D_n\text{.}\) C’est-à-dire que \(D_n\) est constitué de tous les produits finis de \(r\) et \(s\text{,}\)
\begin{equation*} D_n = \{1, r, r^2, \ldots, r^{n-1}, s, rs, r^2 s, \ldots, r^{n-1} s\}\text{.} \end{equation*}
Nous laisserons la démonstration que \(srs = r^{-1}\) en exercice.
L’hexagone du haut (1 (en haut), 2, 3, 4, 5, 6) est réfléchi en (1 (en haut), 6, 5, 4, 3, 2). Le pentagone du bas (1 (en haut), 2, 3, 4, 5) est réfléchi en (1 (en haut), 5, 4, 3, 2).
Figure 5.2.5. Types de réflexions d’un \(n\)-gone régulier

Exemple 5.2.6.

Le groupe des mouvements rigides d’un carré, \(D_4\text{,}\) est constitué de huit éléments. Les sommets étant numérotés \(1\text{,}\) \(2\text{,}\) \(3\text{,}\) \(4\) (Figure 5.2.7), les rotations sont
\begin{align*} r & = (1 \, 2 \, 3 \, 4)\\ r^2 & = (1 \, 3)(2 \, 4)\\ r^3 & = (1 \, 4 \, 3 \, 2)\\ r^4 & = (1) \end{align*}
et les réflexions sont
\begin{align*} s_1 & = (2 \, 4)\\ s_2 & = (1 \, 3)\text{.} \end{align*}
L’ordre de \(D_4\) est \(8\text{.}\) Les deux éléments restants sont
\begin{align*} r s_1 & = (1 \, 2)(3 \, 4)\\ r^3 s_1 & = (1 \, 4)(2 \, 3)\text{.} \end{align*}
Un carré avec des diagonales de symétrie reliant les sommets opposés, un axe de symétrie horizontal qui coupe les deux côtés verticaux du carré et un axe de symétrie vertical qui coupe les deux côtés horizontaux du carré.
Figure 5.2.7. Le groupe \(D_4\)

Sous-section 5.2.1 Le groupe des mouvements d’un cube

On peut étudier les groupes de mouvements rigides d’objets géométriques autres qu’un polygone régulier à \(n\) côtés pour obtenir des exemples intéressants de groupes de permutations. Considérons le groupe des mouvements rigides d’un cube. Par mouvement rigide, on entend une rotation dont l’axe de rotation passe par des faces, des arêtes ou des sommets opposés. L’une des premières questions que l’on peut se poser sur ce groupe est : « quel est son ordre ? » Un cube a \(6\) faces. Si une face particulière est orientée vers le haut, alors il y a quatre rotations possibles du cube qui préserveront cette face orientée vers le haut. Ainsi, l’ordre du groupe est \(6 \cdot 4 = 24\text{.}\) Nous venons de démontrer la proposition suivante.

Démonstration.

D’après la Proposition 5.2.8, nous savons déjà que le groupe des mouvements du cube a \(24\) éléments, le même nombre d’éléments que \(S_4\text{.}\) Il y a exactement quatre diagonales dans le cube. Si l’on numérote ces diagonales \(1\text{,}\) \(2\text{,}\) \(3\) et \(4\text{,}\) il faut montrer que le groupe des mouvements du cube donne toutes les permutations des diagonales (Figure 5.2.10). Si l’on peut obtenir toutes ces permutations, alors \(S_4\) et le groupe des mouvements rigides du cube doivent être identiques. Pour obtenir une transposition, on peut faire tourner le cube de \(180^{\circ}\) autour de l’axe joignant les milieux d’arêtes opposées (Figure 5.2.11). Il y a six de ces axes, donnant toutes les transpositions de \(S_4\text{.}\) Puisque tout élément de \(S_4\) est le produit d’un nombre fini de transpositions, le groupe des mouvements d’un cube doit être \(S_4\text{.}\)
Un cube dont les sommets du haut sont étiquetés 1, 2, 3, 4 et les sommets du bas sont étiquetés 3, 4, 1, 2. Des diagonales relient le sommet 1 en haut avec le sommet 1 en bas, le sommet 2 en haut avec le sommet 2 en bas, le sommet 3 en haut avec le sommet 3 en bas, et le sommet 4 en haut avec le sommet 4 en bas.
Figure 5.2.10. Le groupe des mouvements d’un cube
Les sommets du haut du cube de gauche sont étiquetés 1, 2, 3, 4 et les sommets du bas sont étiquetés 3, 4, 1, 2. Des axes de symétrie relient l’arête 12 en haut avec l’arête 12 en bas.
Les sommets du haut du cube de droite sont étiquetés 2, 1, 3, 4 et les sommets du bas sont étiquetés 3, 4, 2, 1. Des axes de symétrie relient l’arête 12 en haut avec l’arête 12 en bas.
Figure 5.2.11. Transpositions dans le groupe des mouvements d’un cube