Sauter au contenu
Logo image

Section 20.1 Définitions et exemples

Un espace vectoriel \(V\) sur un corps \(F\) est un groupe abélien muni d’un produit scalaire \(\alpha \cdot v\) ou \(\alpha v\) défini pour tout \(\alpha \in F\) et tout \(v \in V\) satisfaisant les axiomes suivants.
  • \(\alpha(\beta v) =(\alpha \beta)v\) ;
  • \((\alpha + \beta)v =\alpha v + \beta v\) ;
  • \(\alpha(u + v) = \alpha u + \alpha v\) ;
  • \(1v=v\) ;
\(\alpha, \beta \in F\) et \(u, v \in V\text{.}\)
Les éléments de \(V\) sont appelés vecteurs ; les éléments de \(F\) sont appelés scalaires. Il est important de remarquer que dans la plupart des cas, deux vecteurs ne peuvent pas être multipliés entre eux. En général, il est seulement possible de multiplier un vecteur par un scalaire. Pour distinguer le zéro scalaire du vecteur zéro, nous les noterons respectivement \(0\) et \({\mathbf 0}\text{.}\)
Examinons plusieurs exemples d’espaces vectoriels. Certains seront très familiers ; d’autres le sembleront moins.

Exemple 20.1.1.

Les \(n\)-uplets de nombres réels, notés \({\mathbb R}^n\text{,}\) forment un espace vectoriel sur \({\mathbb R}\text{.}\) Étant donnés des vecteurs \(u = (u_1, \ldots, u_n)\) et \(v = (v_1, \ldots, v_n)\) dans \({\mathbb R}^n\) et \(\alpha\) dans \({\mathbb R}\text{,}\) on peut définir l’addition vectorielle par
\begin{equation*} u + v = (u_1, \ldots, u_n) + (v_1, \ldots, v_n) = (u_1 + v_1, \ldots, u_n + v_n) \end{equation*}
et la multiplication scalaire par
\begin{equation*} \alpha u = \alpha(u_1, \ldots, u_n)= (\alpha u_1, \ldots, \alpha u_n)\text{.} \end{equation*}

Exemple 20.1.2.

Si \(F\) est un corps, alors \(F[x]\) est un espace vectoriel sur \(F\text{.}\) Les vecteurs dans \(F[x]\) sont simplement des polynômes, et l’addition vectorielle est simplement l’addition de polynômes. Si \(\alpha \in F\) et \(p(x) \in F[x]\text{,}\) alors la multiplication scalaire est définie par \(\alpha p(x)\text{.}\)

Exemple 20.1.3.

L’ensemble de toutes les fonctions continues à valeurs réelles sur un intervalle fermé \([a,b]\) est un espace vectoriel sur \({\mathbb R}\text{.}\) Si \(f(x)\) et \(g(x)\) sont continues sur \([a, b]\text{,}\) alors \((f+g)(x)\) est définie par \(f(x) + g(x)\text{.}\) La multiplication scalaire est définie par \((\alpha f)(x) = \alpha f(x)\) pour \(\alpha \in {\mathbb R}\text{.}\) Par exemple, si \(f(x) = \sin x\) et \(g(x)= x^2\text{,}\) alors \((2f + 5g)(x) =2 \sin x + 5 x^2\text{.}\)

Exemple 20.1.4.

Soit \(V = {\mathbb Q}(\sqrt{2}\, ) = \{ a + b \sqrt{2} : a, b \in {\mathbb Q } \}\text{.}\) Alors \(V\) est un espace vectoriel sur \({\mathbb Q}\text{.}\) Si \(u = a + b \sqrt{2}\) et \(v = c + d \sqrt{2}\text{,}\) alors \(u + v = (a + c) + (b + d ) \sqrt{2}\) est encore dans \(V\text{.}\) De plus, pour \(\alpha \in {\mathbb Q}\text{,}\) \(\alpha v\) est dans \(V\text{.}\) Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que tous les axiomes d’espace vectoriel sont satisfaits pour \(V\text{.}\)

Démonstration.

Pour démontrer (1), observons que
\begin{equation*} 0 v = (0 + 0)v = 0v + 0v ; \end{equation*}
par conséquent, \({\mathbf 0} + 0 v = 0v + 0v\text{.}\) Puisque \(V\) est un groupe abélien, \({\mathbf 0} = 0v\text{.}\)
La démonstration de (2) est presque identique à celle de (1). Pour (3), si \(\alpha = 0\) nous avons terminé. Supposons que \(\alpha \neq 0\text{.}\) En multipliant les deux membres de \(\alpha v = {\mathbf 0}\) par \(1/ \alpha\text{,}\) on obtient \(v = {\mathbf 0}\text{.}\)
Pour montrer (4), observons que
\begin{equation*} v + (-1)v = 1v + (-1)v = (1-1)v = 0v = {\mathbf 0}\text{,} \end{equation*}
et donc \(-v = (-1)v\text{.}\) Nous laissons au lecteur la démonstration de (5).