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Section 16.1 Anneaux

Un ensemble non vide \(R\) est un anneau s’il est muni de deux lois de composition interne, l’addition et la multiplication, satisfaisant les conditions suivantes.
  1. \(a + b = b + a\) pour \(a, b \in R\text{.}\)
  2. \((a + b) + c = a + ( b + c)\) pour \(a, b, c \in R\text{.}\)
  3. Il existe un élément \(0\) dans \(R\) tel que \(a + 0 = a\) pour tout \(a \in R\text{.}\)
  4. Pour tout élément \(a \in R\text{,}\) il existe un élément \(-a\) dans \(R\) tel que \(a + (-a) = 0\text{.}\)
  5. \((ab) c = a ( b c)\) pour \(a, b, c \in R\text{.}\)
  6. Pour \(a, b, c \in R\text{,}\)
    \begin{align*} a( b + c)&= ab +ac\\ (a + b)c & = ac + bc\text{.} \end{align*}
Cette dernière condition, l’axiome de distributivité, relie les deux lois de composition interne que sont l’addition et la multiplication. Remarquons que les quatre premiers axiomes exigent simplement qu’un anneau soit un groupe abélien pour l’addition, de sorte que l’on aurait pu également définir un anneau comme un groupe abélien \((R, +)\) muni d’une seconde loi de composition interne satisfaisant les cinquième et sixième conditions données ci-dessus.
S’il existe un élément \(1 \in R\) tel que \(1 \neq 0\) et \(1a = a1 = a\) pour chaque élément \(a \in R\text{,}\) on dit que \(R\) est un anneau unitaire ou avec identité. Un anneau \(R\) pour lequel \(ab = ba\) pour tous \(a, b\) dans \(R\) est appelé un anneau commutatif. Un anneau commutatif \(R\) avec identité est appelé un anneau intègre si, pour tout \(a, b \in R\) tel que \(ab = 0\text{,}\) on a soit \(a = 0\text{,}\) soit \(b = 0\text{.}\) Un anneau à division est un anneau \(R\) avec identité dans lequel tout élément non nul de \(R\) est une unité ; c’est-à-dire que pour chaque \(a \in R\) avec \(a \neq 0\text{,}\) il existe un unique élément \(a^{-1}\) tel que \(a^{-1} a = a a^{-1} = 1\text{.}\) Un anneau à division commutatif est appelé un corps. La relation entre les anneaux, les anneaux intègres, les anneaux à division et les corps est illustrée à la Figure 16.1.1.
Un graphe avec les anneaux au niveau supérieur, reliés aux anneaux commutatifs et aux anneaux avec identité au deuxième niveau. Les anneaux commutatifs sont reliés aux anneaux intègres au troisième niveau, tandis que les anneaux avec identité sont reliés à la fois aux anneaux intègres et aux anneaux à division au troisième niveau. Les anneaux intègres et les anneaux à division sont reliés aux corps au niveau inférieur.
Figure 16.1.1. Types d’anneaux

Exemple 16.1.2.

Comme nous l’avons mentionné précédemment, les entiers forment un anneau. En fait, \({\mathbb Z}\) est un anneau intègre. En effet, si \(a b = 0\) pour deux entiers \(a\) et \(b\text{,}\) alors soit \(a=0\text{,}\) soit \(b=0\text{.}\) Cependant, \({\mathbb Z}\) n’est pas un corps. Il n’existe aucun entier qui soit l’inverse multiplicatif de \(2\text{,}\) puisque \(1/2\) n’est pas un entier. Les seuls entiers ayant un inverse multiplicatif sont \(1\) et \(-1\text{.}\)

Exemple 16.1.3.

Munis des opérations ordinaires d’addition et de multiplication, tous les systèmes de nombres familiers sont des anneaux : les rationnels, \({\mathbb Q}\) ; les réels, \({\mathbb R}\) ; et les complexes, \({\mathbb C}\text{.}\) Chacun de ces anneaux est un corps.

Exemple 16.1.4.

On peut définir le produit de deux éléments \(a\) et \(b\) dans \({\mathbb Z}_n\) par \(ab \pmod{n}\text{.}\) Par exemple, dans \({\mathbb Z}_{12}\text{,}\) \(5 \cdot 7 \equiv 11 \pmod{12}\text{.}\) Ce produit munit le groupe abélien \({\mathbb Z}_n\) d’une structure d’anneau. Certes, \({\mathbb Z}_n\) est un anneau commutatif ; cependant, il peut ne pas être un anneau intègre. Si l’on considère \(3 \cdot 4 \equiv 0 \pmod{12}\) dans \({\mathbb Z}_{12}\text{,}\) on voit facilement qu’un produit de deux éléments non nuls de l’anneau peut être égal à zéro.
Un élément non nul \(a\) dans un anneau commutatif \(R\) est appelé un diviseur de zéro s’il existe un élément non nul \(b\) dans \(R\) tel que \(ab = 0\text{.}\) Dans l’exemple précédent, \(3\) et \(4\) sont des diviseurs de zéro dans \({\mathbb Z}_{12}\text{.}\)

Exemple 16.1.5.

En analyse, les fonctions continues à valeurs réelles sur un intervalle \([a,b]\) forment un anneau commutatif. On additionne ou on multiplie deux fonctions en additionnant ou en multipliant les valeurs des fonctions. Si \(f(x) = x^2\) et \(g(x) = \cos x\text{,}\) alors \((f+g)(x) = f(x) + g(x) = x^2 + \cos x\) et \((fg)(x) = f(x) g(x) = x^2 \cos x\text{.}\)

Exemple 16.1.6.

Les matrices \(2 \times 2\) à coefficients dans \({\mathbb R}\) forment un anneau pour les opérations usuelles d’addition et de multiplication matricielles. Cet anneau est non commutatif, car en général \(AB \neq BA\text{.}\) De plus, remarquons que l’on peut avoir \(AB = 0\) sans que ni \(A\) ni \(B\) ne soit nulle.

Exemple 16.1.7.

Pour un exemple d’anneau à division non commutatif, posons
\begin{equation*} 1 = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}, \quad {\mathbf i} = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -1 & 0 \end{pmatrix}, \quad {\mathbf j} = \begin{pmatrix} 0 & i \\ i & 0 \end{pmatrix}, \quad {\mathbf k} = \begin{pmatrix} i & 0 \\ 0 & -i \end{pmatrix}\text{,} \end{equation*}
\(i^2 = -1\text{.}\) Ces éléments satisfont les relations suivantes :
\begin{align*} {\mathbf i}^2 = {\mathbf j}^2 & = {\mathbf k}^2 = -1\\ {\mathbf i} {\mathbf j} & = {\mathbf k}\\ {\mathbf j} {\mathbf k} & = {\mathbf i}\\ {\mathbf k} {\mathbf i} & = {\mathbf j}\\ {\mathbf j} {\mathbf i} & = - {\mathbf k}\\ {\mathbf k} {\mathbf j} & = - {\mathbf i}\\ {\mathbf i} {\mathbf k} & = - {\mathbf j}\text{.} \end{align*}
Soit \({\mathbb H}\) l’ensemble des éléments de la forme \(a + b {\mathbf i} + c {\mathbf j} +d {\mathbf k}\text{,}\)\(a, b , c, d\) sont des nombres réels. De manière équivalente, \({\mathbb H}\) peut être considéré comme l’ensemble de toutes les matrices \(2 \times 2\) de la forme
\begin{equation*} \begin{pmatrix} \alpha & \beta \\ -\overline{\beta} & \overline{\alpha } \end{pmatrix}\text{,} \end{equation*}
\(\alpha = a + di\) et \(\beta = b + ci\) sont des nombres complexes. On peut définir l’addition et la multiplication sur \({\mathbb H}\) soit par les opérations matricielles usuelles, soit en termes des générateurs \(1\text{,}\) \({\mathbf i}\text{,}\) \({\mathbf j}\) et \({\mathbf k}\) :
\begin{gather*} (a_1 + b_1 {\mathbf i} + c_1 {\mathbf j} +d_1 {\mathbf k} ) + ( a_2 + b_2 {\mathbf i} + c_2 {\mathbf j} +d_2 {\mathbf k} )\\ = (a_1 + a_2) + ( b_1 + b_2) {\mathbf i} + ( c_1 + c_2) \mathbf j + (d_1 + d_2) \mathbf k \end{gather*}
et
\begin{equation*} (a_1 + b_1 {\mathbf i} + c_1 {\mathbf j} +d_1 {\mathbf k} ) ( a_2 + b_2 {\mathbf i} + c_2 {\mathbf j} +d_2 {\mathbf k} ) = \alpha + \beta {\mathbf i} + \gamma {\mathbf j} + \delta {\mathbf k}\text{,} \end{equation*}
\begin{align*} \alpha & = a_1 a_2 - b_1 b_2 - c_1 c_2 -d_1 d_2\\ \beta & = a_1 b_2 + a_2 b_1 + c_1 d_2 - d_1 c_2\\ \gamma & = a_1 c_2 - b_1 d_2 + c_1 a_2 + d_1 b_2\\ \delta & = a_1 d_2 + b_1 c_2 - c_1 b_2 + d_1 a_2\text{.} \end{align*}
Bien que la multiplication semble compliquée, il s’agit en réalité d’un calcul direct si l’on se souvient que l’on additionne et multiplie les éléments de \({\mathbb H}\) comme des polynômes en tenant compte des relations entre les générateurs \({\mathbf i}\text{,}\) \({\mathbf j}\) et \({\mathbf k}\text{.}\) L’anneau \({\mathbb H}\) est appelé l’anneau des quaternions.
Pour montrer que les quaternions forment un anneau à division, il faut pouvoir trouver un inverse pour chaque élément non nul. Remarquons que
\begin{equation*} ( a + b {\mathbf i} + c {\mathbf j} + d {\mathbf k} )( a - b {\mathbf i} - c {\mathbf j} - d {\mathbf k} ) = a^2 + b^2 + c^2 + d^2\text{.} \end{equation*}
Cet élément ne peut être nul que si \(a\text{,}\) \(b\text{,}\) \(c\) et \(d\) sont tous nuls. Donc si \(a + b {\mathbf i} + c {\mathbf j} +d {\mathbf k} \neq 0\text{,}\)
\begin{equation*} (a + b {\mathbf i} + c {\mathbf j} + d {\mathbf k})\left( \frac{a - b {\mathbf i} - c {\mathbf j} - d {\mathbf k} }{a^2 + b^2 + c^2 + d^2} \right) = 1\text{.} \end{equation*}

Démonstration.

Pour démontrer (1), observons que
\begin{equation*} a0 = a(0+0)= a0+ a0; \end{equation*}
d’où \(a0=0\text{.}\) De même, \(0a = 0\text{.}\) Pour (2), on a \(ab + a(-b) = a(b-b) = a0 = 0\) ; par conséquent, \(-ab = a(-b)\text{.}\) De même, \(-ab = (-a)b\text{.}\) La partie (3) découle directement de (2) puisque \((-a)(-b) = -(a(- b)) = -(-ab) = ab\text{.}\)
Tout comme nous avons des sous-groupes pour les groupes, nous disposons d’une classe analogue de sous-structures pour les anneaux. Un sous-anneau \(S\) d’un anneau \(R\) est un sous-ensemble \(S\) de \(R\) tel que \(S\) est également un anneau pour les opérations héritées de \(R\text{.}\)

Exemple 16.1.9.

L’anneau \(n {\mathbb Z}\) est un sous-anneau de \({\mathbb Z}\text{.}\) Remarquons que même si l’anneau d’origine possède une identité, nous n’exigeons pas que son sous-anneau en ait une. Nous avons la chaîne de sous-anneaux suivante :
\begin{equation*} {\mathbb Z} \subset {\mathbb Q} \subset {\mathbb R} \subset {\mathbb C}\text{.} \end{equation*}
La proposition suivante nous fournit des critères simples pour déterminer si un sous-ensemble d’un anneau est effectivement un sous-anneau. (Nous laisserons la démonstration de cette proposition en exercice.)

Exemple 16.1.11.

Soit \(R ={\mathbb M}_2( {\mathbb R} )\) l’anneau des matrices \(2 \times 2\) à coefficients dans \({\mathbb R}\text{.}\) Si \(T\) est l’ensemble des matrices triangulaires supérieures dans \(R\text{,}\) c’est-à-dire
\begin{equation*} T = \left\{ \begin{pmatrix} a & b \\ 0 & c \end{pmatrix} : a, b, c \in {\mathbb R} \right\}\text{,} \end{equation*}
alors \(T\) est un sous-anneau de \(R\text{.}\) Si
\begin{equation*} A = \begin{pmatrix} a & b \\ 0 & c \end{pmatrix} \quad \text{et} \quad B = \begin{pmatrix} a' & b' \\ 0 & c' \end{pmatrix} \end{equation*}
sont dans \(T\text{,}\) alors clairement \(A-B\) est aussi dans \(T\text{.}\) De plus,
\begin{equation*} AB = \begin{pmatrix} a a' & ab' + bc' \\ 0 & cc' \end{pmatrix} \end{equation*}
est dans \(T\text{.}\)